Vous le savez déjà, j'aime bien le sport, notamment le rugby. Ce que vous ignorez peut-être, mais plus pour longtemps, c'est que je pratique aussi depuis quelques temps maintenant le course à pied. La course est un excellent moyen de garder la forme, de se vider la tête, de s'aérer. On peut la pratiquer presque n'importe où, gratuitement. Le matériel est minimal, tout ce qu'il faut est une paire de chaussures et un peu de motivation. Mais pour devenir un "vrai" runner, tôt ou tard on n'y coupe pas : Il faut se frotter à l'épreuve reine, la distance mythique, les 42.195 kilomètres (Oh ! il ne faut pas les sous-estimer, ces 195m !), le Marathon. C'est ainsi que, quelque part au mois d'octobre, grisé par une performance honorable sur 20km, j'ai décidé que je m'y collerais.

La préparation

Pour mon premier Marathon, j'ai joué la carte de la valeur sûre. Pas question de jouer à l'apprenti sorcier pour cette préparation ! Néanmoins, je me sentais en forme et j'avais envie de tenter un objectif chronométrique ambitieux de 3h30. Je connais bien le site Conseils-courseapied.com qui propose des conseils sympa, et des plans d'entrainement personnalisés. J'ai opté pour un plan en 16 semaines, c'est plutôt long mais pour un premier Marathon j'ai pensé que cela me permettrait d'y aller progressivement. Et puis ça me faisait un début de plan juste après la Corrida d'Issy les Moulineaux, un 10km que j'ai couru le 16 décembre dans une tenue tout à fait adaptée. Perenoel

En dehors des 2 premières semaines, minées par une sale grippe, j'ai suivi presque à la lettre le plan que je m'étais fixé. Bien aidé par les copains sur twitter, notamment @slashsiback (allez lire son compte-rendu ici : Finishing is your only fucking option) et par la communauté @votremarathon, le plan s'est déroulé comme je l'aime, sans accroc. J'ai même eu le plaisir de faire quelques sorties exceptionnelles, dont une de 2H20 dans les alpes eneigées :-) Sortie neige

La couuuuurse !

Attention mesdames et messieurs, dans un instant...

Levé aux aurores ce dimanche matin, sans réveiller les minus..
Un Gatosport, un verre de jus d’orange. Dur à avaler, l'estomac est un peu noué. Un café ou pas? Oui, un café. Et C'est partie pour le métro, prochaine station "Charles de Gaule Etoile". J'apprécie tout particulièrement ces moments partagés avec les coureurs que l'on croise, déjà nombreux, dans les couloirs du métro. Les concentrés, les sûrs d'eux, les qui s'échauffent déjà dans la rame, les qui ont peur de se perdre, les qui ont envie de rigoler, les qui s'endorment sur leur siège...
Sortie à l'air libre, l'ambiance est déjà à la fête. Il faut faire un peu de marche pour aller déposer sa consigne, c'est au milieu de l'avenue Foch, visualiser cette ligne d'arrivée, on se retrouvera, c'est promis !

Le grand problème des coureurs, 1H avant la course, c'est de trouver où faire son dernier pipi. Les toilettes temporaires sont prises d'assaut, alors on rivalise d'inventivité : Près d'un arbre, un carré de pelouse, une entrée de parking. J'ai choisi sur les bons conseils de certains, une bouteille à large goulot. Un pipi de last minute au beau milieu de près de 50000 personnes sur les Champs Elysées est une expérience trop rare dans la vie d'un homme :-)
8h15, on s'entasse déjà dans le sas de départ des 3h30. Je suis rentré assez tôt; je peux quasiment aller à l'avant. Les minutes passent lentement, on s'échauffe comme on peut, on se chambre. Le départ est annoncé. Frissons. Enlever le coupe-vent jetable, le faire passer jusqu'en bord d'avenue. Refaire pour la quatrième fois ses lacets. Concentré sur l'objectif.
Vue d'ensemble - Paris Marathon

Départ - Champs Elysées -> Bastile

8h45, le départ est donné par le starter ! On devine les premiers s'élancer, il faut encore patienter. Le système par demi-SAS, permettant de fluidifier les premiers kilomètres, est très efficace, mais frustrant pour ceux qui attendent ! "C’est à la mode en ce moment, c'est le côté gauche qui part en premier". Je suis dans la file de droite, cette blague me fait rire, je pense à @Pierre_B_Y qui, j'en suis sûr, est à gauche. Le fourbe.
9h05, Je passe la ligne de départ ! Mais que c'est bon ! Les premiers kilomètres se font comme dans un rêve. Concorde, longer les tuileries, Hotel de ville, Bastille. Je suis obligé de me réfréner pour rester dans mon tempo. Je sais que je me sens artificiellement bien, dopé par les endorphines. Premier gel à avaler, j'ai décidé de me fier uniquement à des ingrédients testés à l'entrainement. Je ne prends que la bouteille d'eau au ravito, quelques gorgées et un shoot à 3 points dans la poubelle. Je souris en voyant que la bouteille passe à un bon mètre à côté. j'ai bien fait d'éviter le basket.
Temps de passage au kilomètre 5 : 24'32''

Bastille -> Porte Dorée

Le Faubourg Saint-Antoine est déjà avalé. J'ai les jambes légères comme jamais. J'ai envie d'accélérer, J'ai le cardio vraiment bas, mais je repense à ce qu'on s'est dit et répété depuis 3 mois : Un Marathon commence au 30è kilomètre. Alors je profite de cette course dans Paris. J'entends des gens râler : "Ça monte ici". Ah oui tiens, on a pris la première petite difficulté, ce faux-plat montant jusqu'à la porte dorée. Je suis étonné que cela ne fasse pas monter trop mon cardio. Le ravito est déja là, un peu embouteillé. Les bénévoles hurlent : "Avancez, il y a de l'eau jusqu'au bout ! Water for everyone". Encore quelques grammes de glucides, je passe le kilomètre 10. Ça chante à côté : "Plus que 32, on y est". Je suis allé un peu trop vite malgré tout, mais je me sens vraiment bien. Je décide de garder cette allure pour la suite.
Temps de passage au kilomètre 10 : 48'54''

Bois de Vincennes -> Semi

Des années que je n'avais plus couru dans ce bois ! Des souvenirs affluent, je retrouve mes repères. Le château de Vincennes, route de la pyramide, c'est très "roulant". L'arrivée dans les bois a un effet psychologique amusant, tous les hommes s'arrêtent faire pipi. Du coup moi aussi, après tout j'ai gagné 1 minute, je peux sacrifier quelques secondes. On passe le ravito du kilomètre 15, toujours que de l'eau pour moi. Je suis toujours bien dans mon tempo mais je commence à sentir les jambes lourdes, je sais qu'il faut s’économiser encore un peu. On sort du bois de Vincennes, déboule sur la rue de Charenton puis retour sur Dausmenil. Sympa les pompier sur leur grande échelle au dessus de nos têtes ! On les applaudit. Je ne vois même pas le kilomètre 20, je passe le semi dans un temps confortable pour mon objectif. Je sais que le plus dur reste à faire.
Temps de passage au semi-marathon : 1h43'11''

Semi -> Tour Eiffel

J'évite les produits énergétiques au kilomètre 22, cela me fait gagner beaucoup de temps car c'est le rush. On repasse à la Bastille, et on descend vers les quais. Il y a énormément de monde pour nous encourager sur le boulevard Bourdon, c'est très sympa. Je tape dans les mains de gamins comme si j'étais un champion olympique ça gonfle le moral ! Je dépasse un type qui court pieds nus, provoquant exclamations dans la foule. C'est parti pour les quais ! Cette portion est très agréable car on se sent vraiment dans Paris. Notre-Dame, Hotel de Ville, Musée du Louvre, Grand Palais et Invalides, Tour Eiffel ! Le paysage fait oublier la difficulté du passage. Les tunnels courts passent plutôt facilement, avec beaucoup de monde pour nous encourager depuis les ponts. Le looooooong tunnel du 28è kilomètre est terrible. la soufflerie fait un bruit étourdissant, je tente de crier le rituel "On est pas fatigués", mais si, on l'est, et il y a peu de répondant. Plein de coureurs s'arrêtent, crampes, contractures. Je double un collègue d'entrainement qui marche, je tente de le relancer, mais il a une tendinite, je sais qu'il va souffrir le martyr pour finir. Les masseurs du Trocadéro, tels les sirènes d'Ulysse, nous attirent avec leurs promesses de repos et de soulagement des douleurs. Il y a beaucoup de monde qui succombe à leurs charmes :-) Je serre les dents, avale un tube de gel énergétique, je vois le ravito du 30è. Je rentre dans l’inconnue, je n'ai jamais couru au delà de cette distance.
Temps de passage au kilomètre 30 : 2h27'29''

Maison de la radio -> Allée de Longchamp

Je suis dans dans mon objectif, je décide d'assurer en baissant la cadence sur cette portion. Je sais que cette montée rue de Molitor et le faux plat derrière Rolland-Garros sont terribles. De plus en plus de coureurs s'arrêtent, épuisés. Je me sens bien mais je suis inquiet car mes mollets et quadriceps sont douloureux. On contourne Rolland-Garros, il y a très peu de spectateurs ici c'est vraiment très dur, j'envisage de marcher mais je sais que ça signifierait un calvaire pour la fin de course. Alors je baisse la tête et me cale derrière un coureur qui est à peu près sur mon allure. Je ne la relève que pour le ravito du 35è. Un gel coup de fouet un peu d'eau, je vois le groupe de @vmovillois, un groupe habitué des courses parisiennes. Je n'entends même pas la chanson qu'ils jouent, je pense aux 7 prochains kilomètres, les plus durs, les plus beaux. Allée des fortifications, puis allée de Saint-Cloud pour rentrer dans le bois de Boulogne. Des bénévoles distribuent du sucre, je zappe encore. Je suis maintenant en terrain connu, théâtre de mes entraînements hivernaux. Ça me donne de l’énergie, je sais que je ne lâcherai plus, le gel énergétique fait l'effet escompté. Je m'offre le luxe d'accélérer dans la terrible ligne droite en faux-plat montant de l'allée de la Reine Marguerite. Je suis attristé pour chaque coureur qui s'arrête ici, si près, si loin, saisi par les crampes. Les quadriceps et adducteurs sont maintenant très douloureux mais je ne peux pas m’arrêter là ! On bascule sur l’allée de Longchamp, kilomètre 40 ! Un coup d'oeil au chrono, 3 minutes d'avance sur le temps de passage ! Je sais maintenant que je serais dans l'objectif et je profite à fond de ces deux derniers kilomètres !
Temps de passage au kilomètre 40 : 3h16'56''

Allée de Longchamp -> Avenue Foch

Il y a un monde fou, j'ai les larmes aux yeux. Je harangue la foule en levant les bras pour obtenir des encouragements, encourage les voisins. On bascule sur l'avenue Foch, le coup d'adrénaline est dingue, on se croit champion olympique. Je vois certains coureurs sprinter dans la dernière ligne droite, je les admire, moi j'ai juste envie de profiter. Je remonte l'avenue Foch les bras levés visant les photographes pour avoir mon souvenir de ce moment. Je franchis la ligne dans un état second, même pas besoin de regarder le chrono, je sais que c'est bon. Je m'assois sur un trottoir, maintenant je ressens toute la douleur, les jambes tétanisées. Je m'étire avant d'aller chercher ce TShirt, FINISHER, 3 mois d'efforts pour aller ramener ce bout de tissu. C'est fini. Je suis Marathonien !
Temps final : 3h27'39'' Finish
Diplome

Bilan à J+3

Lundi et mardi ont été un vrai calvaire. On ne soupçonne pas la quantité de marches qu'il faut descendre dans une journée, chacune constituant un effort de volonté terrible. Le mercredi, on réalise. 3 mois d’entraînements, de sacrifices aussi, d'efforts. Et voila. On l'a fait. ET la question qui vient, lancinante : Et maintenant ? Quel défi se lancer, après ça ? Améliorer son temps ? Changer la distance ? Je pense avoir choisi un bon objectif. Je savais qu'il était ambitieux pour un premier Marathon, mais j'ai besoin de challenge. Je pense que je peux améliorer cette performance, mais ce sera un effort considérable. Et ça me plait :-) Pourquoi pas alors un objectif 3h20 à Nice en novembre ? A suivre.... Seule léger regret pour cette première, ne pas avoir eu ma famille à l'arrivée. Les fille sont trop petites, ça aurait été compliqué. Evidemment, il y a les félicitations à la maison. mais c'est pas pareil, la prochaine fois je veux les serrer dans mes bras à l'arrivée.
Dessin Myrtille

Je veux remercier plein de gens sans qui cette fête n'aurait pas été la même :
Elodie, Myrtille, Sidonie et Cyprille, qui ont supporté les longues séances d'entrainement, et les sacrifices de ces derniers mois.
La communauté twitter des runners et autres, vos encouragements et échanges ont rendu cette course différente. En particulier, les runners : @slashisback @pierre_b_y @sebfraysse @frogita @RogerCavalheis @gautierpozo et les supporters : @nicolalegros @femmedejoueur @jeannesay @J_U_l_i_e_G @sbosquier @elikxir @framel @vmovillois et tout plein d'autres; et bien sur les coachs, @votremarathon @ecalmels ...
Ça fait du monde et il y en a plein d'autres, merci à tous.